Michel Rolland: «Ce quinzième Blues est un sacré pari !»
Michel Rolland: «On a tout fait pour réussir cette 15e édition, attirer un maximum de monde» • photo archives CL
Après l'apéritif jarnacais, le festival Blues Passions s'ouvre réellement aujourd'hui à Cognac. Tour d'horizon sur cette édition anniversaire avec Michel Rolland, son directeur
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Le bébé a 15 ans. Incandescent plutôt qu'adolescent. Il n'était qu'un pari, il est devenu un rendez-vous incontournable et attendu des festivités cognaçaises. Le Blues a 15 ans. Il vient de s'offrir une belle poussée de croissance. Un budget augmenté de 50% en un an. Une journée supplémentaire, pour allonger la fête comme un bon cognac-tonic. Cinq têtes d'affiche grand public. Michel Rolland et ses équipes ont fait un pari: faire pétiller Cognac pendant six jours, conserver cette belle endormie éveillée et excitée pendant près d'une semaine. Atteindre, aussi, la barre des 20.000 entrées payantes, seuil de rentabilité de cette édition. C'est 8.000 de plus que l'an passé. Un sacré pari. Pour une sacrée fête qui revient vers Cognac dès aujourd'hui, après l'apéro jarnacais.
Vous aviez promis, dès l'année dernière, un 15e de feu. Promettre, c'est risquer de décevoir. Avez-vous la pression à l'aube du festival?
Michel Rolland. «Pas du tout. On a fait notre travail, du mieux possible. La pression, on l'aura à l'heure du bilan. En attendant, il n'y a que deux questions à se poser: le public sera-t-il au rendez-vous? Prendra-t-il du plaisir?»
Vous avez placé la barre à 20.000 spectateurs payants alors que l'édition 2007 en a rasssemblé 12.000. N'est-ce pas un risque important?
M. R. «C'est un pari, c'est sûr. Nous avons un repère: en général, nous faisons toujours 50% des ventes avant le festival et 50% pendant. Mercredi dernier, nous en étions à 10.000. Si la règle se confirme, on y sera! Nous, de notre côté, avec The Commitments, Status Quo, Keziah Jones, Joan Baez, Massive Attack, on a tout fait pour le réussir, attirer un maximum de monde».
Vous n'avez pas réussi à faire venir ZZ Top, Ben Harper, Alicia Keys. Van Morrisson et Etta James ont annulé leur venue. N'avez-vous pas eu l'impression que cette édition s'engageait mal?
M. R. «Non parce que nous avons assez de ressources pour faire une belle grille. On a aussi essayé de faire venir James Blunt. Au final, la programmation est magnifique. La seule pression que nous avions, c'était de trouver un nom pour chaque soir. Un nom médiatique, connu du grand public. Là, il y en a un tous les soirs».
Lorsque vous avez créé le festival, avec ses vingt bénévoles et 75.000€ de budget à l'origine, était-ce déjà avec l'ambition d'en faire ce qu'il est devenu aujourd'hui?
M. R. «Quand je l'ai créé, ce n'était pas pour rien et surtout pas pour rester dans la configuration initiale. Chaque année, on essaie de progresser, de franchir une étape supplémentaire sans dénaturer l'esprit du festival».
Au regard de ces quinze ans, de quoi êtes-vous le plus fier?
M. R. «D'avoir réussi à fédérer trois familles au sein de l'association. Le réseau des salariés, celui des bénévoles et celui des sympathisants. Il y a parfois des hauts et des bas, mais tout le monde avance dans le même sens. Je suis aussi content des liens tissés avec le milieu du blues et des artistes. Et puis je suis vraiment fier de ce que l'on a réussi à créer autour du festival. Blues Passions, c'est un événement culturel qui se marie avec l'économie et le tourisme. Les partenaires sont toujours là, on en a de nouveaux tous les ans et ils respectent l'esprit d'ouverture du festival».
Y a-t-il un artiste que vous regrettez de ne pas avoir accroché à votre programmation?
M. R. «Oui, John Lee Hooker. C'était à deux doigts de se faire. ça ne s'est pas fait. Maintenant, il est mort. ça, c'est un gros regret».
Selon vous, quelles sont les perles de la programmation 2008?
M. R. «Une chose est sûre: avec la programmation de Groove au Château (chez Otard), de la Magic Place et de l'Eden Blues, j'aurai pu faire l'affiche de la grande scène! Phoebe Killdeer par exemple, est géniale! Elle vient de passer à Taratata, elle est jeune, talentueuse, elle a tout! Y'a aussi Greg Brown, Bobby Rush, Donna Angelle. Tous ces artistes sont à voir».
Pourquoi avez vous décidé de dédier la scène de l'Eden Blues aux femmes? Vous avez quelque chose à vous faire pardonner?
M. R. «Nous avions envie de surprendre et de dédier chaque année une thématique au lieu. Cette année, on le dédie aux femmes. L'an prochain, ce sera autre chose».
Jean-Louis Menanteau, l'organisateur de la Garden Nef Party, estimait la semaine dernière dans CL que vous avez payé Massive Attack bien trop cher et que vous ratissez trop large par rapport à votre créneau?
M. R. «Jean-Louis, je le connais bien. On a fait plein de choses ensemble, à une époque où Christian Mousset (le directeur de Musiques Métisses, NDLR) était notre père à tous. Mais je ne peux pas accepter son propos. Dans un premier temps, il peut tout à fait créer un événement, surtout aussi beau que la Garden Nef. Mais pourquoi l'avoir placé deux jours avant nous alors qu'on est là depuis quinze ans? En ce qui concerne Massive Attack, nous les avons signés entre 105 et 108.000€, et non 150.000 comme il le prétend. Or au départ, je négociais à 75.000€. On a dû payer plus parce qu'il a fait une surenchère pour les faire venir à la Garden Nef. Les festivals sont une richesse de ce département. Je préférerais que l'on se mette tous autour d'une table pour évoluer selon une ligne cohérente plutôt que de se court-circuiter».
Quel sera le prochain axe de développement du festival?
M. R. «Travailler les partenariats publics et les sponsors privés nationaux afin d'avoir une résonance nationale. C'est notre pari de demain».
Propos recueillis
par Ismaël KARROUM
Charente-Libre
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